lundi 4 avril 2016

CENT CINQUANTE ANS APRES...SACRE ALEXANDRE!








En ce  jour d’anniversaire  de l’inauguration en grande pompe de la statue du Bailli de Suffren. Retour sur une mystification éditoriale bien dans la manière l'auteur de "Vingt ans après"

Une revue de presse et tous les  détails d'une journée organisée  à grand frais par le pouvoir impérial et où tout était prévu  pour marquer durablement les esprits ...
 
Trois ans  avant cette date,  à Saint-Tropez, sous l’influence d’Alban MARTIN de ROQUEBRUNE, un comité se forme en vue de l’érection d’une statue de l’amiral et une souscription est autorisée par le préfet.

Le commandant J ROSATI  nous rappelle que déjà, à la fin du XXVIIIe siècle, la municipalité tropézienne avait souhaité faire une collecte pour financer la réalisation d’un buste de marbre de l’enfant adoptif du pays. Ce à quoi Suffren répondit :

Le vice-amiral Pierre André de Suffren
 « C’est une grande satisfaction d’estre célèbre dans le pais où, pour la première fois on a esté sur la mer. Permettez que je joigne à mes remerciements l’instante prière de ne point faire la dépense d’un buste. Je voudrois au contraire pouvoir venir au secours des pauvres de votre Communauté et surtout des familles de marins qui ont péri dans la guerre. Si les habitants désirent m’avoir parmi eux, je vous enverrai mon buste en plâtre. »

Le 4 avril 1866 l’inauguration a eu lieu, sans que la date rappelle quoique ce soit de la vie de l’amiral, elle a donc été choisie par convenance entre les participants parmi lesquels  une brochette de vice-amiral dont l’aide de camp de l’Empereur, et l’on sait, depuis la lecture de son « dictionnaire de la cuisine » (Voir l’article de ce blog LE ROMANCIER, L’AMIRAL, LE PAON ET LE COCHONNET),  dans lequel il nous racontait avec gourmandise sa rencontre avec les habitants de la Garde Freinet et d’un Paon, que  l’écrivain Alexandre DUMAS père  était bien présent ce jour-là.

Les articles de presse.

Nulle-part on ne trouve  trace d’une quelconque relation de l’évènement par l’auteur des Trois Mousquetaires. Les rédacteurs  des  deux seuls articles recensés dans la presse parisienne signent des initiales GB dans le journal l’Illustration et Georges BELL dans le Monde Illustré.

Pourtant de nombreux historiens,  dont Gilbert BUTI,   nous apprennent qu’Alexandre DUMAS a bien été l’auteur d’au moins un de ces articles.

La présentation assez alambiquée en chapeau d’article du Monde Illustré fait s'interroger les curieux : «Nous empruntons à la Presse un fragment de l’article qui doit accompagner notre dessin de la fête de Saint-Tropez, il a été écrit sur nature par M. Georges Bell, l’un des représentants de la presse à cette solennité. »  Et comme si l'article était une retranscription, le texte apparaît entre guillemets, bien que nous ne trouvions pas de trace d'un article complet signé George Bell  dans une troisième "Presse".

On note que les deux seuls  articles connus  font  preuve d’une belle qualité littéraire et d’une certaine liberté d’esprit qui ne pouvait être le fruit du travail d’obscurs correspondants.

Pour les amateurs, nous les retranscrivons in extenso en fin de page .
Toutefois il  convient de signaler qu'un article très complet de "L'Almanach de Provence" signé d'Alexandre GAIDON est parut en 1867 soit un an après l'évènement.

Afin d'éclaircir l'énigme des signatures, il faut se replonger dans le monde, pas toujours très tendre, de la presse et de la littérature à Paris dans le milieu du XIXe siècle. Avec dans la bonne tradition des romans feuilletons de ce siècle : des bons, et des méchants:


Les amis : La rédaction du Monde Illustré.

Nous retrouverons  le nom d’Alexandre DUMAS  ainsi que celui de son fils tout le long des éditions de cet hebdomadaire consacré à la géopolitique, il  en  a été l’un des collaborateurs dès le premier numéro en 1857 au moment même où le génial écrivain, mais piètre commerçant, mettait la clé sous la porte de son quotidien « LE MOUSQUETAIRE ».

Or un de ses compagnons dans cette dernière  aventure éditoriale  trop tôt avortée n’est pas moins que Joachim HOUNAU (1824-1889), dont un des pseudonymes est Georges BELL.

G.B ou J HOUNAU PAR NADAR
Georges BELL auteur avoué de l’article sur la statue de Suffren  dans le  Monde Illustré a été qualifié dans le chapeau de l’article « un des représentants de la presse à cette solennité »

Comment  croire que  le  biographe de Gérard de Nerval  qui a  écrit plus de 50 articles dans le journal de son ami  se dépêche de le doubler dans un pays perdu  du sud de la France pour lui brûler la politesse afin de réaliser un scoop  de 60 lignes ?  Il est plus raisonnable de penser que la rédaction  du Monde Illustré est bien au fait du futur voyage en Italie d’Alexandre DUMAS et que l’inauguration tombe à pic pour agrémenter ce périple. Mais pourquoi ne pas écrire franchement que le maître est présent à l’évènement, et  faire passer le fidèle collaborateur comme envoyé spécial ?

Les ennemis : Les BASCHET  de L’Illustration

Pour «  illustrer » ce sous-titre rien ne vaut que de retranscrire les premiers mots de  l’article annonçant la mort de l’écrivain  parût dans cet hebdomadaire par Henri LAVOIX dans une édition de janvier 1871 en forme de lettre à son directeur du moment Auguste MARC « Cher ami, Je sais que L’illustration, absorbée tout entière par les grands faits politiques qui nous entraînent ne s’occupe guère des petits évènements. Cependant je vous demande un service : quelques lignes seulement pour un homme qui, pendant un demi-siècle, a rempli le monde du bruit de son nom… » Cette supplique quelque peu sarcastique prend une signification particulière en pleine défense de Paris, alors que l’Illustration venait de reparaître après un an de suspension,  mais cela donne tout de même le ton d’une bisbille qui perdura depuis 1847 quand DUMAS se fit étriller dans les colonnes de l’hebdomadaire par un critique littéraire. Connaissant le personnage, nul doute qu’il ne daigna, collaborer avec la famille BASCHET (fondateur du journal), surtout qu’il n’était pas en peine de trouver un organe pour sa plume parmi ses amis ou de le forger lui-même.
Le hasard ou la nécessité de plaire au pouvoir impérial a voulu que l'Illustration s’intéresse à une inauguration de province. Partant, ce n’était pas possible, ni par principe ni par amour-propre,  pour le romancier  et pour la rédaction de signer A DUMAS. Un anonymat complet  aurait été incompréhensible pour une telle occasion. On fait donc appel à un, prête nom, ou prête initiales: Georges BELL qui signe l’article du Monde Illustré, le rédige peut-être à partir d’un texte que son ami lui a envoyé et en communique un autre au journal concurrent sous de simples initiales pour que les  lecteurs  des deux journaux qui paraissent  le même jour, l' identifient comme seul envoyé spécial.
Les piges valaient certainement ce stratagème!

On profitera de cet exposé pour éclairer quelques énigmes de moindres importances émaillant cet épisode déjà très anecdotique en lui-même.
L’iconographie

L'arrière plan tel qu'il l'était en 1866 et la barrière d'origine.
Quand on effectue les recherches sur les gravures représentant l’évènement on ne trouve généralement que celle de l’Illustration, sans être accompagnée du texte. On découvre sur le site (payant) de ce journal  que le texte est paru le 14, soit 10 jours après sa rédaction sur place. La  grosse semaine de délai pour l’acheminement, les négociations, la réalisation des gravures et la mise en page, n’ont  pas laissé le temps à l’hebdomadaire de publier l’image associée, il s’en excuse rapidement en indiquant « Dans notre prochain numéro nous donnerons les dessins qui n’ont pu trouver de place dans celui-ci » les gravures sont donc parues le 21.

Or le concurrent n’a pas perdu de temps, il publie sa gravure le même jour que le texte, le 14, et s’en enorgueilli, comme s’il connaissait à l’avance le faux pas de L’Illustration « Nous prions les lecteurs de remarquer l'activité que nous déployons ; ce dessin, reçu le lundi à midi, a été dessiné et gravé en quarante-huit heures, et a pu être mis sous presse jeudi matin » et toc Il prend même la peine de remercier le dessinateur  qui a croqué sur le vif la cérémonie et de s'excuser de n' avoir pas retenus l’œuvre d'un autre peintre.

Rapprochons nous de ces gravures :

Celle du Monde Illustré : Esquissée  par ROSTAN  sur place, et dessinée à Paris  par Jules FERAT 1829 - 1906 (Travailleur infatigable, contributeur régulier à L'Illustration et à L'Univers illustré, illustrateur de Jules VERNES, son œuvre compte plusieurs milliers de dessins, nous dit Wikipédia) et gravée par E ROEVENS (très connu pour ses gravures autour de la famille Impériale)
CP circa 1900 prise dans le même angle que la gravure imprimée  dans le M.I, le cadre représente les bords du dessin de ROSTAN.
Le sujet est pris d’assez loin, de l’actuel quai H Bouchard (devant l’Annonciade) cela permet de voir les flottilles de canots et les salves tirées par  des marins (de la royale) –  avec leur chapeau de paille verni en noir et leur large cravate (Les tirs que nous voyons sont avérés dans le texte par le mot « fantasia[1] »), on distingue clairement à gauche un arc de triomphe à la gloire de « LA MARINE », (Il y en avait un autre lui faisant face  avec la mention "A L'ARMEE")  et une tribune chargées de personnalités enthousiastes. A l’arrière-plan on reconnait très bien les immeubles des quais tels qu’ils devaient être à l’époque avec les approximations du dessin mais sans erreur manifeste. On retrouve les mêmes proportions et même les balustres de l’immeuble de droite au 1er étage. Chapeau à l’artiste qui transmet par l’exactitude de l’arrière-plan un témoignage très crédible de l’animation en avant plan.

Gravure de ROUSSEAU 1872
La vue paraissant une semaine plus tard dans l’illustration est prise plus serrée, le dessinateur sur le vif est Pierre LETUAIRE (1798 -1885), peintre provençal bien connu à Toulon , le dessin repris à Paris  est de Pharamond BLANCHARD (1805 -1873) plus  fantaisiste que celui de ROMAN, il manque un étage à l’immeuble de droite et le socle de la statue est situé au bord du quai, les arcs de triomphes sont plus modestes, les marins des canots ne tirent plus, ils agitent leur chapeaux. La tribune a été escamotée, on se perd donc en conjectures sur la réalité de la représentation, on peut dire néanmoins que l’ambiance est tout de même bien rendue. La gravure est due aux associés COSSON et SMEETON. Toujours des graveurs très connus sur la place de Paris.

l’Illustration se paie le luxe de surplomber  la vue d’ensemble par une  gravure en gros plan de la statue, dessin non signé  qu’il convient de mettre en parallèle avec une gravure de ROUSSEAU d’après photo parue en 1872 ci contre.

La statue.

L’auteur du « Collier de la Reine » toujours avide de précision nous indique que la statue est bien  en bronze, mais que contrairement à certains écrits, qui perdurent encore de nos jours, elle n’a pas été coulée avec le bronze de canons pris à l’ennemi et offert par l’empereur, mais avec des débris recueillis dans l’arsenal de Toulon. Quoi qu’il en soit on ne peut nier, que même modeste, le cadeau venait de l'état, donc de l’empereur.

Buste de JF ALLARD (V.TUBY) dont l'original a été fondu..
Cette question du matériau est tranchée mais se posera   76 ans plus tard lors de l’arrivée de la Wehrmacht à Saint-Tropez ! En effet les autorités allemandes avaient donné comme instruction de fondre les statues en bronze françaises, or notre statue y a échappée, alors que celle  du général ALLARD par Victor TUBY a été réquisitionnée. Pourquoi?. On a dit que la statue était en fonte et non en bronze, argument balayé par les écrits et  les faits. Est-ce que  que l'amiral  était idéologiquement solvable, en tant qu’ennemi des anglais ? L'importance de la tâche  dépassait -elle  les compétences de la garnison cantonnée à Saint-Tropez, qui ne pouvait récupérer que de petits objets?  Nous ne pourrons pas ici répondre à cette questions mais seulement renvoyer les amateurs à la lecture de "La fonte des Grands hommes- Destruction et recyclage des statues parisiennes sous l’Occupation" par Christel SNITER.
Le romancier/journaliste nous parle des créateurs  de l’œuvre, qu’il félicite du bout des lèvres : MONTAGNE sculpteur toulonnais  (dont, en vain, nous avons cherché la biographie et d’autres œuvres) et le fondeur MAUREL de Marseille (spécialiste du coulage des cloches).

Nous ajoutons pour être complet une énumération toute personnelle sur  l’évolution des œuvres basses de la statue pendant ces 150 ans :

Plaque d’anniversaire des 200 ans, et la nouvelle grille. 
Le socle en calcaire dur est orné d’une plaque sur chaque face, sur l’avant les armoiries du grand homme, ses distinctions et ses dates.  Les 3 autres côtés supportent des bas reliefs en bronze.

Une 5e  plaque a été apposée sur le stylobate  le 17 juillet 1929 à l’occasion du 200e anniversaire de sa naissance.

Le socle de la statue sans sa herse protectrice en 1945
Lors de l’inauguration le socle est dépourvu de grille de protection. Cette herse est présente dans le tableau que peint  Raphaël PONSON  dans les années 1890, ainsi que  sur les photographies les plus anciennes qui remontent à 1900 jusqu’à nos jours. Elle   a été remplacée par un autre modèle après le 15 août 1944 lors du dynamitage du port.

Hormis cet accessoire l’amiral semble avoir, ce jour là, sans trop de dommage, résisté  au souffle de l’explosion. .

La vie de Suffren .

La vie du bailli  est retracée, plus longuement dans l’Illustration que dans le Monde Illustré. On note les références historiques d’un auteur érudit, connaissances qui ne pourront que faire plaisir au chercheur et historien  Gilbert BUTI qui souhaite remettre à l’honneur l’activité de caravanes maritimes des tropéziens et provençaux trop souvent oublié, puisque l'auteur de l'article note que « C'est un petit port qui a eu jadis ses jours de grande prospérité, lorsque sur toute cette côte on armait pour allait courir les caravanes du Levant. »

 
R PONSON ambiance au XIXe du quai Suffren. (détail)
L’ambiance de la journée.

Les deux textes se complètent assez bien sur l’ambiance, le décor et le décorum. Le village n’est pas épargné, il est, pour l'auteur (A Dumas)  tout simplement inintéressant! Il réserve son enthousiasme pour les alentours, du côté de la mer.

"La brave population rurale"  est venue de toute part se mêler aux grands uniformes, mais sans aucun débordement, ce n’a pas été le cas pour certains convives du banquet officiel, certainement d’une autre couche sociale, et sans doute plus politisée, qui n’a pu s’empêcher à quelque laisser-aller, effet de "quelque démangeaison  de la langue" propres aux provençaux, nous dit il!

Jurien de la Gravière à l'époque.
Les personnalités présentes.
 Le vice-amiral Edmond JURIEN DE LA GRAVIERE  (1812-1892) représentant l'empereur, dont il est l'aide de camp est sans nul doute l'organisateur principal de cette journée. Tombé dans l'oubli, outre un marin hors pair,  c'est un savant et un écrivain, auteur de très nombreux livres et publications, il a été chef d'état major de l'amiral BRUAT lors de la guerre de Crimée. Il termine sa carrière comme chef de l'escadre de Méditerranée.

Le vice-amiral Octave CHABANNE CURTON LA PALICE (1803-1889) Préfet maritime du Var à l'époque, ancien gouverneur de Cayenne, il fut élu sénateur de 1867 à 1870.

Amiral Edouard  BOUET-WILLAUMEZ (1808 - 1871) Commandant de l'escadre de Méditerranée, marin et explorateur du Sénégal, élu sénateur dès 1865.

Et bien d'autres encore.... 

Lampe à arc mise au point en 1857
Ce que ne rapporte pas l'envoyé spécial.
Ni, Georges BELL, ni GB, ni évidement A DUMAS ne parlent d'un évènement qui s'est déroulé lors de cette commémoration, seul GAIDON en parle un an plus tard dans l'Almanach de Provence: Il s'agit d'une présentation de la fée électricité et son application pour l'éclairage public (voir l'affiche d'information d'époque "La ville le port et la rade seront éclairés par la lumière électrique"). Or des confusions se sont opérées  chez les tropéziens, qui ont pensé que cet évènement correspondait à l'électrification du village, mais celle-ci a eu lieu des dizaines d'années plus tard, ou bien que l'expérience avait été menée avec un générateur à moteur, du type dynamo ou groupe électrogène alors que le premier modèle ne date que de  1871 où le  Belge Zénobe GRAMME[1]  fait construire une machine entraînée par un moteur à vapeur, dont on peut dire qu’elle est la première à pouvoir produire industriellement de l’électricité. On assiste donc a une vaste opération de communication propre à édifier le public telle que l'éclairage de fontaines réalisée à Paris l'année d'avant. Comment a t-on pu en 1866 éclairer la ville? Un navire, avec certainement une pile VOLTA à son bord a accosté dans le port, à l'aide de câble, les techniciens de la "Royale" ont alimenté une ou plusieurs lampes à arc des inventeurs Léon FOUCAULT, (celui du pendule) ou SERRIN. Bien avant l'éclairage public qui ne sera développé que  vingt ans après, les Tropéziens ont pu découvrir ces nuits là cette merveille qui allait révolutionner leur vie plus tard, grâce à des circonstances favorables : La présence d'un port pour y faire venir facilement une pile électrique lourde et encombrante, une foule  qui ne manquerait pas d'investir la cité, la présence de personnels et de moyens importants fournis par la marine de guerre, et enfin un aréopage de sommités représentant le pouvoir impérial qui allait en recueillir les fruits politiques.

Efforts semble-t-il restés vains en ce qui concerne le retentissement de cet évènement dans la presse nationale, puis-qu’aucun des deux textes n'en font mention, ni même  du feu d'artifice et de la simulation d'attaque de la citadelle par les troupe française. 

 [1] Le principe de la production de courant induit (dynamo)  était connu à l'époque depuis FARADAY, mais ne servait qu'à des expériences scientifiques ou a des thérapeutes-charlatans (machines de Hippolyte PIXII et de CLARKE). Elles n'étaient pas suffisamment puissantes pour servir une lampe à arc.

 
Affiche de l'époque aimablement communiquée par Serge ASTEZAN. On y trouve le déroulement de la manifestation telle qu'elle a été prévue avec toutes les animations

  
:


Nous remercions l’aide apportée par M Serge ASTEZAN, M François COPPOLA et M Laurent PAVLIDIS ,   ainsi que le sites que nous avons largement utilisés:
http://www.udppc.asso.fr/bupdoc/consultation/article-bup.php?ID_fiche=11370
(JP CARON les premiers pas de l'éclairage électrique)



(Site Arnet annonce de la vente du panthéon de F TOURNACHON dit NADAR)
Ainsi que le journal "LE TROPEZIEN" qui nous a mis sur la piste de ce dessin.

ANNEXE: Retranscriptions des articles de presse.


LE MONDE ILLUSTRE  (14 AVRIL 1866)


Inauguration de la  Statue De Suffren à  Saint-Tropez (Var)


ACTUALITÉ

Nous empruntons à la Presse un fragment de l’article qui doit accompagner notre dessin de la fête de Saint-Tropez, il a été écrit sur nature par M. Georges Bell, l’un des représentants de la presse à cette solennité.
« Le bailli de Suffren-Saint-Tropez est une des grandes figures historiques de la fin du dernier siècle. Nous n’énumèrerons pas les combats qu’il a livrés aux Anglais, soit dans les îles du Cap Vert, soit dans les mers de l’Inde, lorsque leur puissance n’avait pas encore vaincu, assujetti et dépouillé tous les princes indigènes. Ces détails appartiennent à la biographie. Pour l’écrire convenablement, il faudrait à la fois connaître et les spécialités de l’ancienne tactique navale, et les constitutions de l’Inde au temps d’Hyder-Ali et de Tippoo-Saïb. Ces connaissances ne s’improvisent pas. Mais de tous ces faits, il résulte que, certes, la statue qu’on vient d’ériger à Saint-Tropez a été bien méritée.
Elle est l’œuvre de M Montagne, artiste toulonnais auquel il ne manque que quelques encouragements pour grandir et donner tout ce qu’il a dans la tête et dans le cœur. Elle a été fondue à Marseille dans les ateliers de M Maurel. Ces deux enfants de la Provence ont tenu à grand honneur de contribuer, chacun pour leur part, à l’exécution du monument. Une portion du bronze a été donnée par l’Etat, non point comme on l’a dit et imprimé, avec des canons pris à l’ennemi, mais avec des débris ramassés à l’arsenal de Toulon.

« La fête de d’inauguration a été fort belle. Le vice-amiral Jurien de la Gravière y représentait l’Empereur. A côté de lui marchaient M.Chabannes-Curton, vice-amiral et préfet maritime de l’arrondissement, qui commande l’escadre cuirassée de la Méditerranée, M Montois, préfet du Var, et M. Alban-Martin de Roquebrune, qui faisait les honneurs de la ville dont il est maire. Ce dernier a été nommé chevalier de la Légion d’honneur au moment où le voile enlevé a permis à la foule d’admirer les traits du bailli de Suffren.
Elle était nombreuse cette foule. Elle était accourue de tous les points de la côte, de Toulon et de Saint-Raphaël, d'Antibes, de Fréjus, de Nice, de tous les villages environnants, de toutes les localités à quarante kilomètres à la ronde ; de Cogolin [sic], de La Roche-Freinet, du Luc, du Canet, de Carnoules, de Vidauban, de Pignans, de Cuers, d'Agay, de Gonfaron, d'Hyères.
Elle se pressait compacte sur la petite place qui est devant le port, et au centre de laquelle s'élève le monument. C'était en majorité de braves populations rurales ; mais on remarquait partout cette intelligence et cette habitude de la pensée que donne partout l'éternel spectacle de la mer
Elle heurtait sans cesse les personnages officiels, dans des rues étroites et tortueuses peu faites pour de grands concours de populations.
Mais nulle part il n'y a eu l'ombre d'un désordre.
Nous remercions M ROSTAN qui nous a adressé le croquis de cette fête. Deux excellents envois , arrivé par le courrier du Mardi, et à nous adressés par M DECOREIS (Pierre, peintre Provençal reconnu[2])   dont nous constatons le talent le dévouement n’ont pas pu trouver place dans le Monde Illustré.
Nous prions les lecteurs de remarquer l'activité que nous déployons ; ce dessin, reçu le lundi à midi, a été dessiné et gravé en quarante-huit heures, et a pu être mis sous presse jeudi matin ».

GEORGES BELL

[2] Note du transcripteur

SUFFREN et le pacha TYPOO-SAÏB (Le Pélerin juillet 1929)

L’ILLUSTRATION (14 AVRIL 1866)


INAUGURATION de la  STATUE DE SUFFREN A SAINT-TROPEZ (VAR)

La France pittoresque n'est pas connue, a-t-on dit bien souvent.
Une fête nationale nous a permis de visiter un des coins les plus ignorés de nos côtes de Provence, et nous revenons enchantés de ce voyage. Saint-Tropez occupe la pointe extrême d'un promontoire qui s'avance dans la Méditerranée, entre la baie de Carqueiranne près d'Hyères et le golfe de Saint-Raphaël, et la baie d'Agay à quelques kilomètres de Cannes.
C'est un petit port qui a eu jadis ses jours de grande prospérité, lorsque sur toute cette côte on armait pour allait courir les caravanes du Levant. Alors le commerce ne se faisait pas, comme aujourd’hui, à jour fixe. Beyrouth, Smyrne, Alexandrie, étaient des pays lointain. On courait des risques pour s’y aventurer ; mais ces risques surmontés donnaient la vie à toutes les populations qui vivaient sur les côtes, et excitaient leur émulation. Aujourd’hui, un grand armement serait impossible à Saint-Tropez. C’est à peine si l’on y voit encore quelques chantiers de construction. Et encore devons-nous dire que ces chantiers diminuent chaque saison.
La ville en soi n'a rien de remarquable. Pas un monument, pas une maison qui puisse retenir et faire rêver quelques instants l'artiste et le curieux. pour avoir des réjouissances de ce genre, il faut sortir de la ville et aller du côté de la mer. Là on n'aura que l'embarras du choix.
De quelque côté que l'on se tourne, à chaque pas, les regards seront émerveillés et éblouis.
Plusieurs discours ont été prononcés.
Le bailli de Suffren tenait par des liens de famille à Saint-Tropez. Il ajoutait même le nom de la ville à son nom, et sur une colline du voisinage on voit les ruines d’une habitation seigneuriale qui s’appelle encore aujourd’hui la Palissade Suffren. C’est pour cela que la statue de cet homme héroïque est bien placée à Saint-Tropez. Partout dans cette portion de la Provence, aussi bien à Saint Cannat qu’à Aix ou à Salon, et dans tous les antiques châteaux de la contrée, on trouve le nom et des souvenirs qui s’y rattachent. Mais il fallait les grands horizons, la mer au hardi navigateur qui passa la majeure partie de la vie sur un vaisseau, à lutter soit contre les éléments, soit contre les ennemis de son pays.
Gravure l'Illustration 1866
C’est une belle et noble figure que celle du bailli de Suffren. Quand on l’étudie, on sent qu’il procède des héros de Fontenoy, mais que, s’il hait les Anglais d’une haine si vivace, c’est parce qu’il voit en eux les dominateurs des mers et les accaparateurs de colonies. Or, en Provence, les regards sont toujours tournés vers l’Orient. Tout le monde va dans les Echelles du Levant ; mais tout le monde aussi rêve de l’Inde. Dès 1778, nous voyons en Provence se former une compagnie pour l’exploitation commerciale des mers de la Chine, Suffren en était l’instigateur ; et pendant ce temps il livrait aux Anglais les batailles de Madras, de Trinquemalé, de Goudelour, qui purent bien pendant quelques années  arrêter l’invasion oppressive des marchands de Londres, mais qui ne parvenaient pas à inoculer l’énergie et le courage dans les veines appauvries des princes indigènes. De même qu’avec Dupleix et Labourdonnaye, la France avec Suffren apparut dans l’Inde comme le plus brillant des météores, selon la belle expression de lord Macaulay, le plus équitable des historiens. Mais comme un météore aussi, elle disparut promptement, et bientôt ce ne fut plus qu’un nom perdu dans les lointains vaporeux de l’histoire et de la légende.
La statue qu’on vient d’inaugurer à Saint Tropez est l’œuvre de M Montagne, un sculpteur Toulonnais. Vue de face, elle se présente bien, elle rend cette physionomie fière, hautaine, dédaigneuse, grasse, que nous trouvons dans les médailles frappées jadis en l’honneur du bailli de Suffren. On peut regretter que le lourd manteau jeté sur les épaules semble avoir prédestiné cette œuvre d’art à être placée contre un mur.
La fête  a été pleine d’animation et d’entrain. Le préfet maritime de l’arrondissement M. le vice-amiral de Chabannes-Curton avait, sur le Louis XIX et avec l’escadrille dont il dispose, accompagné l’aide de camp de l’Empereur, M le vice-amiral Jurien de ma Gravière. De son côté, M le vice-amiral Bouët – Williaumez, qui touchait aux derniers jours de son commandement, n’avait point voulu quitter l’escadre cuirassée sans lui faire faire un peu de fantaisia[3]. Jamais la rade de Saint Tropez n’avait vu autant de navires de guerre ; jamais dans les rues on n’avait vu circuler autant de broderies, de galons, d’épaulettes et de décorations. M Montois, préfet du Var, aidait le maire M Alban Martin de Roquebrune, à faire les honneurs de la ville. Mais toutes les splendeurs étaient du côté des officiers de l’escadre. Partout on aurait admiré ces brillants états-majors ; à plus forte raison les admirait-on à Saint-Tropez et devant la statue du bailli de Suffren. Plusieurs discours ont été prononcés. On aurait pu s’en tenir à ceux de M. Jurien de la Gravière et du maire de Saint-Tropez ; mais dans le midi, on a vu souvent des démangeaisons à la langue.
On l'a bien vu au banquet officiel, où les toasts ont été fort nombreux, et au Cercle Suffren, où un punch a été le prétexte de bien des indiscrétions regrettables.
Oublions tout cela pour ne nous souvenir que de la cordialité qui a présidé à cette fête, depuis la première heure jusqu'à la dernière.
Dans notre prochain numéro nous donnerons les dessins qui n’ont pu trouver place dans celui-ci
GB

.
[3] Fantasia :sorte de bravade à cheval à laquelle se livre les cavaliers maghrébins en tirant en l’air avec leurs moukhalas.
L’ALMANACH DE PROVENCE ( 1867)
(Les illustrations ne faisaient pas partie de l'article)

SOLFERINO
 "Le 4 avril 1866, la jolie petite ville de Saint-Tropez, jusqu’à ce jour si isolée et si paisible dans sa presqu'île que la plupart des provençaux n'ont jamais visitée, inscrivit son nom dans l'Histoire.
Le matin vers 11h, l'escadre cuirassée, commandée par le vice-amiral Sénateur, comte BOUET-WILLAUMEZ, fait son entrée dans le golfe de et vient s'embosser en face le port. Cette escadre est composée du SOLFERINO, monté par le vice-amiral; Commandant LA NORMANDIE, le contre amiral FABRI-LAMOURELLE; LA GLOIRE et LA PROVENCE, LA COURONNE et L'INVINCIBLE. Rien de plus imposant que le défilé par rang de bataille de tous ces vaisseaux, parmi lesquels on remarque aussi le fameux TAUREAU, le croiseur PASSE-PARTOUT, le DAIM, le FAVORI, et l'UTILE.
COURONNE
Une foule nombreuse est massée sur le rivage, au pied de la citadelle, salue de ses acclamations enthousiastes nos braves marins. A une heure, toutes les autorités civiles et militaires se rendent sur le port pour recevoir Monsieur JURIEN de la GRAVIERE, représentant de l'empereur, Monsieur le comte BOUET-WILLAUMEZ, sénateur, Monsieur le vicomte de CHABANNES, préfet maritime, Monsieur MONTOIS, préfet du var, etc...
De là, ces dignitaires sont conduits à la maison du maire où leur logements ont été préparés. Aussitôt après les réceptions officielles, le cortège se rend au son de joyeuse fanfare sur le port tout pavoisé et orné de banderolles, où s'élève la statue du Bailli et où l'on remarque à chaque extrémité deux arcs de  triomphe dédiés à la marine et à l'armée. Les matelots et une compagnie de jeunes enfants costumés en gardes française et tenant des couronnes d'or et de lauriers formant la haie.
GLOIRE
Arrivé devant la statue du Bailli, le cortège prend place de la manière suivante: en face, les autorités; à droite, les diverses députations; à gauche les musiques.
Monsieur le vice-amiral JURIEN de la GRAVIERE qui préside la fête au nom de l'empereur, ouvre la cérémonie par un brillant discours dans lequel il retrace le glorieux passé de la marine française qui se personnifie dans l'illustre individualité du Bailli de Suffren, et remercie la ville de Saint-Tropez d'avoir   acquitté une des dettes d'honneur de la France.
L'INVINCIBLE
Nous regrettons de ne pouvoir reproduire cette éloquente biographie du héros provencal. Aussitôt après le discours prononcé par l'amiral, aide de camp de l'empereur, le voile qui couvrait la statue est enlevé et Suffren apparaît aux yeux de la foule, le porte-voix dans la main gauche, avec cet air calme et fier que le héros   avait en face de l'ennemi.
Comme aux combats de Trinquemalé et de Gondelour, l'amiral semblait encore commander le feu des batteries. En effet, au moment où le regard frappe Suffren, débarrassé du tissu de toile, paraît chercher une voile ennemie à l'horizon, l'artillerie et tous les navires présents salue les traits de celui qui fait illustration de Saint-Tropez et dont les hauts faits d'armes ont enrichi nos annales maritimes de quelques-une de leurs plus belles pages.
NORMANDIE
Monsieur le vice-amiral BOUET-WILLAUMEZ a pris ensuite la parole. Dans une chaleureuse improvisation, dite d'une voix ferme et accentuée, Monsieur le vice-amiral sénateur s'est uni avec effusion à la patriotique inspiration des tropéziens et a rappelé qu'il avait eu l'honneur de s'inscrire le premier sur la liste-souscription "Breton, s'est-il écrié, je salue dans un héros du midi du midi, la personnififation  de la liberté des mers."
Le maire de Saint-Tropez a alors remercié l'empereur au nom de sa ville, pour le concours qu'il a bien voulu donner à ces fêtes. Ensuit, Monsieur le préfet du var a lu une dépêche annonçant que Monsieur MARTIN de ROQUEBRUNE, maire de Saint-Tropez, était nommé Chevalier de la Légion d'Honneur. Enfin, Monsieur ORTOLON, Capitaine de Vaisseau, allié à la famille de Suffren, a prononcé une esquisse biographique du Bailli de Suffren.
PROVENCE
Tous ces discours sont chaleureusement applaudis et acclamés, aux cris de Vive L'Empereur, Vive l'Impératrice, Vive le Prince Impérial, Vive Monsieur le Maire.
"A quatre heure, les chaloupes à vapeur des bâtiments cuirassés, traînant cinq embarcations chacune, entrent dans le port où elles défilent en passant devant la statue et exécutent chacune trois salves de mousqueteries.
TRES RARE PHOTO DE 1867 DU  TAUREAU ET SON ENVIRONNEMENT (CUIRASSE PRESENT LORS DE L'INAUGURATION) QUI ILLUSTRE PARFAITEMENT LA FLOTTE DE NAPOLEON III CE JOUR LA.
La cérémonie terminée, le défilé a lieu. En passant devant la statue, les jeunes gardes françaises déposent les couronnes de lauriers aux pieds du grand marin. Le cortège fait ensuite le tour de ville aux sons des musiques qui exécutent des marches guerrières et en passant sous les arcs de triomphes portant les inscriptions à l'empereur, à l'armée , à la marine.
A six heures, un grand dîner réunit chez Monsieur MARTIN de ROQUEBRUNE, les principales autorités civiles et militaires et maritimes. A neuf heures, un punch est offert par les membres du Cercle Suffren. Dans la soirée, un brillant feu d'artifice est tiré et tous les navires sont illuminés ainsi que la façade du port. Les rues, les places et les promenades étaient un luxe éblouissant de lumières.
Le lendemain à 10 heures, les embarcations de l'Escadre mettent à terre les compagnies de débarquement qui ont exécuté un simulacre de combat, dont le résultat a été la prise de la citadelle de Saint-Tropez. 
Au retour de de ces exercices militaires, le défilé a lieu devant la statue de Suffren et chaque compagnie en portant les armes répètent les cris: Vive le Bailli de Suffren!
Dans l'après-midi, les gates ont lieu et à six heures un bal réunit chez Monsieur le maire plus de six cents personnes.
Environ près de vingt mille étrangers ont assisté aux fêtes  de Saint-Tropez, dont la population gardera un profond souvenir et qui marqueront dans nos annales. 
ALEXANDRE GUAIDON






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